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Déjà, à peine passé la frontière, je sens mon pas différent. Plus décidé, plus léger aussi, déchargé de cette espèce de lassitude qui le rend traînant et mélancolique, et qui fait toujours de moi la dernière, celle qui oblige sans cesse involontairement à se retourner pour l'attendre. Sur son sol il gagne sans pulsion ni effort de la vigueur, et soudain il semble aller plus librement. A hauteur de Lille, alors aux deux-tiers du chemin, le pouls commence un crescendo et relis son arpège. C'est que je ne suis plus si loin...
A Senlis je jubile déjà, en celle qui sait que pour les jours à venir elle n'aura plus besoin du manteau de ses souvenirs pour avoir chaud. Que les vibrations et le souffle de la ville la porteront comme un radeau de fortune son naufragé sur l'écume de l'océan.
Et puis voilà Paris et l'air se met à chanter.
Tant de villes au fond des yeux et une seule enracinée au coeur, baume et blessure, étendard, tatouage.
Mais peut-être fallait-il partir...
Paris, je ne dirai jamais assez que pour moi tu es la plus belle de toutes, qu'entre tes murs je suis arrivée aux confins de mon voyage. Je te traverse à pieds du Luxembourg au Sacré-Coeur sans l'ombre d'une hésitation, juste et seulement l'âme en bandoulière, émerveillée par la richesse de tes façades, l'élégance de tes ponts, la diversité incroyable de tes visages.
La dernière de tes portes laissée derrière moi fait se replier mon corps dans un hiver dont j'ai tant de mal à sortir, et que j'essaye parfois d'adoucir comme là maintenant, au coin d'une carte postale.