journald'unjardin

Petites histoires des 4 saisons

05 juin 2009

Paris, carte postale

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Déjà, à peine passé la frontière, je sens mon pas différent. Plus décidé, plus léger aussi, déchargé de cette espèce de lassitude qui le rend traînant et mélancolique, et qui fait toujours de moi la dernière, celle qui oblige sans cesse involontairement à se retourner pour l'attendre. Sur son sol il gagne sans pulsion ni effort de la vigueur, et soudain il semble aller plus librement. A hauteur de Lille. alors aux deux-tiers du chemin, le pouls commence un crescendo et relis son arpège. C'est que je ne suis plus si loin...
A Senlis je jubile déjà, en celle qui sait que pour les jours à venir elle n'aura plus besoin du manteau de ses souvenirs pour avoir chaud. Que les vibrations et le souffle de la ville la porteront comme un radeau de fortune son naufragé sur l'écume de l'océan.
Et puis voilà Paris et l'air se met à chanter.
Tant de villes au fond des yeux et une seule enracinée au coeur, baume et blessure, étendard, tatouage.
Mais peut-être fallait-il partir...
Paris, je ne dirai jamais assez que pour moi tu es la plus belle de toutes, qu'entre tes murs je suis arrivée aux confins de mon voyage. Je te traverse à pieds du Luxembourg au Sacré-Coeur sans l'ombre d'une hésitation, juste et seulement l'âme en bandoulière, émerveillée par la richesse de tes façades, l'élégance de tes ponts, la diversité incroyable de tes visages.
La dernière de tes portes laissée derrìère moi fait se replier mon corps dans un hiver dont j'ai tant de mal à sortir, et que j'essaye parfois d'adoucir comme là maintenant, au coin d'une carte postale.

 

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20 mai 2009

I'm sailing...

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Le sport n'a jamais été ma tasse de thé, je préfère jouer à l'Odalisque sur mon canapé. J'ai assez de force pour tenir mon tuyau d'aspirateur à bout de bras quand je pars à la chasse aux araignées qui se sont mis dans la tête de coloniser mon plafond, assez d'énergie pour déboucher une bonne bouteille de pétillant et trinquer avec les copines, et je muscle mes petits doigts plusieurs heures par jour sur mon vieux Pleyel qui en a vu d'autres, aux sons de la "Marche turque" ou des "Feuilles mortes". Ca me suffit pour me sentir bien. Petite fille, mes parents ont déployé des trésors de persévérance pour me faire m'agiter un peu, mais j'ai passé plus de temps à caresser les chevaux que sur leur dos, et j'étais plus souvent le nez dans mon Fantômette et la raquette entre les genoux, qu'à courir derrière un truc jaune et bondissant sur le cours de tennis. Enfin jusqu'ici je n'ai jamais ressenti le besoin de la saine fatigue, de la dépense physique, de l'élimination bienfaisante des toxines dont, paraît-il, je serais saturée.

Pourtant, quand je vois les voiliers toutes ailes dehors glisser sur la Méditerranée, superbes, libres, me brûle en les regardant ce désir irrésistible de voler avec eux, d'être forte et légère, de me remplir du grand air, de quitter ma peau. Je veux être sur le pont, la mer et l'horizon dans les yeux, à l'écoute du vent, prête à virer de bord, tout le corps tendu dans l'effort, ce corps en sommeil...

"I'm sailing, I'm sailing..."

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21 avril 2009

C'est si peu dire que je vous aime...

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Vous aimer du regard,

vous boire des yeux éperdument,

jusqu'à la lie,

jusqu'à l'ivresse,

jusqu'à la fin des temps.

Rêver du goût de votre peau,

poser les lèvres sur votre nuque,

y recueillir votre sel,

quelques gouttes de sueur le temps d'un frisson.

C'est si peu dire que je vous aime...

 

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01 avril 2009

Tout premier souvenir

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"Dans mon premier souvenir, je suis sur le balcon de notre appart à Bielefeld, toute petite et habillée tout en rouge. Je ne sais plus pourquoi, mais tu es fâchée contre moi, tu viens de me gronder. Et le tien, qu'est-ce que c'est?" Petite pause thé-brioche avec Cosima, ma fille, échange de confidences, jolis moments qui me manquent déjà. La chanson de Reggiani me trotte dans la tête..."Ma fille, mon enfant, je vois venir le temps où tu vas me quitter, pour changer de saison, pour changer de maison, pour changer d'habitudes..."

Mon tout premier souvenir? Pas besoin de l'appeler longtemps. Curieux ça, je n'y pense jamais, mais il est là, comme derrière un paravent, présent mais en retrait, un peu comme un figurant qui ne voudrait pas trop se faire remarquer. Je dois avoir trois ou quatre ans et je suis nouvelle à la maternelle. Une maternelle catholique, tenue par des religieuses. Rétrospectivement je me demande comment j'avais bien pu atterrir là avec un père communiste et une mère agnostique. Pour des raisons de proximité je suppose.

Nous devions faire un dessin à la peinture, et on nous avait installés par deux à des chevalets doubles, sortes de tableaux de bois avec des feuilles de papier blanc punaisées dessus aux quatre coins. Un enfant de chaque côté, se faisant face, comme ça pas possible de s'inspirer de l'oeuvre de son voisin. J'avais pris trop d'eau sur mon pinceau. Le thème du dessin était une forêt je crois, et sur le mien coulaient de grosses larmes de peinture marron et verte que je n'arrivais pas à retenir avec ce maudit pinceau. Plus j'essayais de réparer les dégâts, plus j'aggravais les choses, et les larmes étaient passées en silence de mon dessin à mes joues. C'est à ce moment-là que notre éducatrice s'est approchée de mes rivières involontaires: "quel horrible dessin!", ça a été son seul et unique commentaire, je ne l’ai jamais oublié.

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20 mars 2009

Congo, Ruanda, ou ailleurs
djembe
Résonances...

Viols, violence

Barbarie, répression, tortures
sur enfants qui tuent

Crémation d'espoirs

Cris asphyxiés

Sépulture d'équateur

 

« Croire en une source diabolique supernaturelle n'est pas nécessaire ; les hommes sont capables de toutes ces méchancetés par eux-mêmes. »

                                                                                J. Conrad

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10 mars 2009

Google a trouvé!

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09 mars 2009

Quiz

De qui Charles Baudelaire fait-il l'éloge?

 

« Que sera ... pour la postérité ? Que dira de lui cette redresseuse de torts ? Il est déjà facile, au point de sa carrière où il est parvenu, de l'affirmer sans trouver trop de contradicteurs. Elle dira, comme nous, qu'il fut un accord unique de facultés les plus étonnantes ; qu'il eut comme Rembrandt le sens de l'intimité et la magie profonde, l'esprit de combinaison et de décoration comme Rubens et Le Brun, la couleur féerique comme Véronèse, etc. ; mais qu'il eut aussi une qualité sui generis, indéfinissable et définissant la partie mélancolique et ardente du siècle, quelque chose de tout à fait nouveau, qui a fait de lui un artiste unique sans générateur, sans précédent, probablement sans successeur, un anneau si précieux qu'il n'en est point de rechange, et qu'en le supprimant, si une pareille chose était possible, on supprimerait un monde d'idées et de sensations, on ferait une lacune trop grande dans la chaîne historique. »

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03 mars 2009

Garden blues

acacia

Le printemps languit, et chaque jour je regarde, les mains impatientes du retour à la terre, mon jardin qui m'appelle. Les frimas persistants me retiennent prisonnière. Je découvre en pensée de leur tapis de feuilles de chênes apporté par le vent et que j'ai laissé comme un manteau de chaleur,  les violettes aux pieds de la clématite et du chèvrefeuille enlacés comme des amants endormis. J'ai planté deux sortes de violettes: une à la feuille plus petite, plus foncée aussi et plus charnue. Ces violettes ne sentent pas. Et puis celles dont l'effluve est un délice qui me rend heureuse. Les lilas et la mirabelle bourgeonnent déjà, l'églantier et les roses ont sorti leur petites pousses rouge sombre, il faudrait que je les taille. La glycine est encore nue, mais au bord du muret de pierres les tulipes, les jonquilles et les jacinthes se pressent pour tendre leur vert neuf au soleil frileux de mars.

Dans mon jardin, j'ai dix rosiers différents que je soigne avec passion. La reine en est Gertrud Jekyll, j'aime leur donner leur nom. Ses fleurs sont rose dragée et d'une beauté émouvante. Leur  parfum, comme l'amour, ne trouve pas de mots pour être dit. Elle fleurit tout au long de l'été jusqu'en automne. La rose centifolia elle n'a qu'une floraison, mais d'une abondance magnifique.

A Carnac je me suis allongée contre les pierres. Dans mon jardin j'embrasse en mai de tout mon corps le cerisier du Japon qui fait neiger sur moi ses pétales de dentelle. En été je laisse les groseilles aux oiseaux, les abeilles se soûlent de lavande, parfois le hérisson se blottit le soir sous les hortensias.

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27 février 2009

Au Jardin D'Amour

Au jardin d'Amour

Des sources ruissellentw_rodin

L'on se baigne autour d'elles

Les enfants dans l'eau

Blanches gerbes d'anges

Croquent l'or de l'orange

Le fruit défendu

Par Dieu sait quel diable

Au soleil immuable

Rudoie les vertus

Gonfle les joues rondes

Comme le sein du monde.

Au jardin d'Amour

Des licornes rêvent

Tournant alentour d'Eve

Qui dort dans un val

Près d'un alchimiste

Sous l'arbre idéaliste

Les mains des amants

s'ouvrent comme roses

Toute vie est enclose

Dans les chants d'oiseaux

Qu'Amour fait éclore

Enivrant les aurores.

Au jardin d'Amour

Il y a des cavernes

Que des dragons sourds cernent

Qui chante aux tréfonds

Des sombres domaines?

Des rois et des fontaines

Des reines aussi languissantes

Dansent sur l'orgue du silence

Mais jamais l'azur n'a vu

Ces merveilles

Que des dragons surveillent.

Au jardin d'Amour

Sept portes d'ivoire

S'ouvrent sur des tours noires

La nuit et le jour

S'y baisent sans masques

Sur un lit de bourrasques

Engendrant la vie

Taureaux et chimères

Cailloux fleurs et vipères

Humains et bourgeons

Arbres feux et flammes

J'ai dit vrai sur mon âme.

Henri Gougaud

 

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22 février 2009

Croyance, incroyance

dammouse

 

                                                   Dammouse


J'ai regardé hier soir un entretien du pape répondant aux questions de deux journalistes. Ses paroles glissent sur moi comme des gouttes de pluie sur une feuille de lotus, je ne le comprends pas. Il nous arrive parfois de parler de mysticisme, de foi, de commencement des temps et je cherche très loin ce qui ne m'a jamais manqué. Dieu? Mais pourquoi? Ce besoin d'amour a toujours eu pour moi tant de visages qui ne sont pas le sien. L'idée d’être un jour une infime particule de terre aux pieds d'une glycine m'apparait infiniment belle, et cette certitude là me satisfait puisque c’est en fait celle de ne jamais mourir.  

Mes obscurités se fendent ou restent mystères.

Je n'ai pas les ailes du rouge-gorge pour m'envoler et par hasard ma forme est différente, mais notre substance est la même, et lorsque je le contemple si joli posé sur la branche du lilas, je suis fière de cette appartenance commune.

On me dit que je serais un corps mais surtout une âme. Je serais en deux distinctes? Ce n'est pas la perception que j'ai de moi. C'est bel et bien mon coeur qui bat... La pensée que ma naissance et ma mort ne soient pas aléatoires m'effraie bien plus qu'elle me rassure. Un soutien invisible, un pur esprit comme épaule à mes chutes? Une fleur, le bleu des mésanges ou la réelle perspective d'un bon café corsé et d'une cigarette souvent me suffisent.

Et puis quel Dieu est-ce qui exige adoration, prières et toute puissance, à qui il faut demander pardon sans cesse? "...que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel... pardonne-nous nos offenses... car c'est à toi qu'appartiennent la puissance et la gloire...".

J'aurais du mal...

Et je suis bien.

Posté par ambre62 à 11:18 - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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